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Série de conférences Fatima Mernissi

La conférence annuelle du CASS: Célébrer les éminents spécialistes des sciences sociales de la région arabe

La conférence annuelle est l’une des principales manifestations publiques organisées par le Conseil arabe pour les sciences sociales (CASS). C’est l’occasion pour nous d’accueillir d’éminents spécialistes des sciences sociales de la région arabe pour présenter leurs travaux et réfléchir aux traditions intellectuelles de la région ainsi qu’à l’histoire et à l’héritage du passé. L’objectif est d’éclairer les débats sur les questions et les défis contemporains auxquels la région arabe est aujourd’hui confrontée.
 
La conférence annuelle est organisée sous la forme d’une série de conférences qui changent de thème tous les quatre ans. Elle rend hommage à d’éminents chercheurs qui ont apporté une contribution significative aux sciences sociales et humaines dans la région arabe. Les conférences sont ouvertes au public et offrent aux chercheurs, aux professionnels et aux étudiants l’occasion d’échanger des idées et de dialoguer.
 
Le premier lot des séries de conférences (2015-2019) a commémoré l’œuvre du regretté historien Hanna Batatu. Dans cette deuxième série (2019-2022), le CASS commémore la regrettée écrivaine et sociologue marocaine Fatima Mernissi, mieux connue pour ses écrits sur les femmes, le féminisme et la pensée islamique. La conférence inaugurale de la série Fatima Mernissi, qui se tient le 28 novembre 2019 à Beyrouth, au Liban, coïncide avec l’anniversaire du décès de l’illustre sociologue féministe marocaine.
 
Remarques introductives: (Driss Ksikes)
 Fatima Mernissi, un nom digne d’une Chaire 
 
Driss Ksikes est l’un des fondateurs et coordinateurs de la Chaire Fatima Mernissi à l’Université Mohammed V et à l’Institut des Hautes Études de Management (HEM) de Rabat, Maroc.
 
Dans sa présentation, Ksikes met en lumière la personnalité, l’approche et le style de vie de Mernissi, ainsi que ses interactions intellectuelles et interpersonnelles. Il se concentre sur la façon dont la Chaire Fatima Mernissi honore et perpétue son héritage, l’utilisant comme inspiration pour générer de nouvelles idées.
 
Ksikes est professeur de médias, de culture et de création littéraire à l’Institut HEM. Il occupait auparavant le poste de rédacteur en chef de TelQuel. Depuis 2007, il est directeur d’Economia, centre de recherche en sciences sociales, économiques et managériales. Il a publié divers articles et donné des conférences dans des plateformes internationales universitaires et médiatiques. Son livre « Le métier d’intellectuel : dialogues avec quinze penseurs du Maroc », co-écrit avec Fadma Aït Mous (membre du conseil d’administration du CASS), a remporté le Prix Grand Atlas, le plus prestigieux prix du livre au Maroc.
 
Ksikes a été décrit comme « l’un des écrivains les plus novateurs au Maroc aujourd’hui » et a été nommé « l’un des six meilleurs dramaturges africains » par le National Studio Theatre à Londres en 2012. Nommé en 2016 par le Fonds arabe pour les arts et la culture (AFAC) en tant que juré pour les arts vivants, il a été nominé deux fois pour le titre de meilleur auteur dramatique francophone (2015 et 2017). Il a été choisi par le Center for Art Writing de la Northwestern University comme écrivain résident invité à Chicago au printemps 2017.
 
Ksikes est l’auteur de plusieurs pièces, dont « Pas de mémoire, mémoire de pas » (1998), « Le Saint des incertains » (2000), « Il » (2008), « 180 degrés » (2014), et « The Match » [2016]. En tant que romancier, il a publié « Ma boîte noire» (2006), «L’homme descend du silence » (2014) et « Au Détroit d’Averroès » (2017).
 
Discours inaugural (Beyrouth, Liban 2019)/Asmae Benadada
L’œuvre de Mernissi : approche historique et recherche sur le terrain
 
Asmae Benadada est professeure au Département de sociologie de la Faculté des lettres et des sciences humaines, Dhahir Al Mehraz, Université de Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès, Maroc. Elle se spécialise en études des femmes et en sociologie politique.
 
Parmi les publications de Benadada figurent « Femmes et politique : étude sociologique des secteurs partisans féminins » (2008). Elle a contribué à la rédaction de plusieurs ouvrages édités, parmi lesquels « Le mouvement des droits humains des femmes au Maroc : Approche historique et archivistique » (2015). Elle a également publié un certain nombre d’articles de recherche dans des revues nationales et arabes spécialisées dans les questions relatives aux femmes.
Le discours inaugural de Benadada se concentre sur l’audace et la pensée critique qui ont caractérisé le travail de Fatima Mernissi, qui a été parmi les pionniers qui ont remis en question le secret et le silence entourant les questions sensibles et tabous dans la culture arabo-islamique. Celles-ci peuvent être résumées par la trinité du genre, de la religion et de la politique, et par la position des femmes dans cette trinité. Avec beaucoup de courage intellectuel et de prouesse académique, Mernissi a abordé ces questions, les transformant en sujets dignes de recherche, de discussion, d’analyse et de critique. Elle a mis à profit sa formation universitaire et son expérience des droits des femmes pour déconstruire le patriarcat dans la culture arabo-islamique. Fatima Mernissi a noté d’emblée que les problèmes sociaux et quotidiens des femmes ne peuvent être compris sans une compréhension déconstructive et critique des fondements historiques, intellectuels, religieux et culturels dans lesquels le patriarcat et son imaginaire sont ancrés. Ces problèmes ne pourraient pas non plus être compris sans une cartographie des manifestations de la marginalisation et de l’infériorité des femmes.
 
Dans son discours, Benadada souligne que Mernissi a adopté deux approches méthodologiques dans ses écrits. Elle a utilisé une approche historique analytique afin de comprendre le statut des femmes dans le patrimoine et la jurisprudence islamiques et d’essayer de trouver des réponses aux questions modernes. De tels livres comptent : « Le harem politique : Le Prophète et les femmes » (1987), « Sultanes oubliées : Femmes chefs d’État en Islam» (1990), « Rêves de femmes : une enfance au harem », (1996), et « Schéhérazade passe à l’Ouest : Différentes cultures, différents harems » (2001).
 
La seconde approche s’est appuyée sur des recherches de terrain et sociologiques pour explorer la vie quotidienne d’un grand nombre de femmes marocaines et les défis auxquels elles sont confrontées. Ces études et ouvrages comprennent « Le prolétariat féminin au Maroc » (1981), «Le Maroc raconté par ses femmes » (1983), «Femmes du Gharb » (1984) « ONG rurales du Haut-Atlas : les Ait-Débrouille » (2003), « Les Sindbads marocains : Voyage dans le Maroc civique » (2004).
 
Dans ce discours, Benadada aborde les deux approches méthodologiques tout en se concentrant sur la recherche sur le terrain de Mernissi et les projets qui se sont concentrés sur les femmes marocaines dans leurs divers contextes comme travailleuses, paysannes, tisserandes et employées. Elle avance également l’étude de Mernissi sur les femmes et les jeunes dans les associations de la société civile. Enfin, la conférence traite la recherche que Mernissi développait sur la façon dont la révolution numérique et les sites de réseautage social ont affecté les médias et le discours religieux, un projet qui n’a pas vu le jour du moment qu’elle est décédée avant son achèvement.
 
 
Fatima Mernissi: Sociologue et militante féministe : Une vie en quelques lignes
 
Fatima Mernissi était une femme extraordinaire. Ayant passé plus de la moitié de sa vie à écrire et à analyser l’Islam et les femmes ainsi qu’à lutter pour l’égalité des sexes, il n’est pas surprenant que Mernissi figure sur la liste mondiale 2011 du Guardian des « Top 100 femmes : Activistes et militantes. »
 
Fatima Mernissi est née à Fès, au Maroc, en 1940. Écrivaine, sociologue et militante féministe, elle a publié des livres qui ont atteint un large public régional et international et ont été traduits dans de nombreuses langues. Mernissi a étudié les sciences politiques à l’Université de la Sorbonne en France avant de s’installer à l’Université Brandeis aux États-Unis où elle a obtenu en 1973 son doctorat en sociologie après avoir terminé sa thèse « Beyond the Veil : Sex as Social Engineering » (Au-delà du voile : le sexe en tant qu’ingénierie sociale). Dans les années 1980, elle est chargée de cours à l’Université Mohammed V de Rabat.
 
Mernissi était une écrivaine prolifique, publiant des livres qui ont reçu une reconnaissance internationale, notamment « Islam et Démocratie : La peur du monde moderne » ; « Le voile et l’élite masculine ; Une interprétation féministe de l’islam » ; «Schéhérazade passe à l’Ouest : Différentes cultures, différents harems » ; « Rêves de femmes : une enfance au harem » ; etc.
 
En plus de son travail académique, Mernissi était connue pour son activisme en faveur des droits des femmes. Elle a mené des entrevues à la fin des années 1970 et dans les années 1980 pour cerner les attitudes dominantes à l’égard des femmes et du travail. Elle a fait des recherches sociologiques pour l’UNESCO et l’OIT. Mernissi a publié un certain nombre d’articles et de recherches qui ont eu un impact majeur dans son pays et au-delà, dans la région arabe et dans le monde entier. Cependant, ce succès a été précédé d’une interdiction de ses écrits dans certains pays arabes en raison de ses idées progressistes et de l’audace de ses discours. Cette interdiction l’a amenée à publier son premier livre « La femme dans l’inconscient musulman» (1982) en France sous le pseudonyme « Fatna Ait El Sabbah ». L’interdiction a finalement été levée et elle a pu publier sous son vrai nom. Elle a écrit « Le voile et l’élite masculine : une interprétation féministe de l’Islam », qui a été accueillie avec éloges et critiques. 
 
Dans son article « Fatima Mernissi... Les ailes de la ‘réalité’ des femmes avec lesquelles elle s’est envolée vers le rêve», le journaliste Karim El Hani a déclaré «Fatima Mernissi est une marocaine qui a consacré sa vie à la sociologie et aux droits des femmes. Elle a tissé sa compréhension de la réalité et de la tradition pour démontrer comment le patriarcat limite l’engagement effectif des femmes dans les sociétés arabes et musulmanes. » (Marayana, 5 septembre 2019)
 
Mernissi a reçu de nombreux prix et distinctions internationales, notamment le Prix Prince des Asturies de littérature en 2003 et le Prix Erasmus néerlandais qui a été décerné lors d’une conférence organisée en 2004 sur le thème « Religion et modernité ». En 2015, après sa mort, une nouvelle chaire à l’Université Mohammed V de Rabat porte son nom.
 
Fatima Mernissi est décédée le 30 novembre 2015, laissant derrière elle un précieux héritage et une richesse intellectuelle encore plus considérable, qui l’immortalisera comme l’un des grands penseurs et écrivains du Maghreb et de la région arabe.
 
 
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