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Quatrième conférence du CASS

 
 
Le Conseil Arabe pour les Sciences Sociales (CASS) a tenu sa quatrième conférence intitulée « Pouvoir, frontières et écologies dans les sociétés arabes : pratiques et imaginaires » du 12 au 14 avril 2019 à Beyrouth, Liban.
 
Le thème de la conférence a reflété la volonté du Conseil de promouvoir de nouvelles approches et de nouveaux paradigmes dans les disciplines des sciences sociales et humaines et de mieux comprendre les contraintes et les potentiels qui façonnent la région arabe.

La conférence a cherché à examiner les nouvelles écologies émergentes (politiques, économiques, urbaines, géographiques, sociales et culturelles), à la fois en termes de pratiques de multiples acteurs sur le terrain et à travers les imaginaires qui les représentent, les légitiment et les contestent. Elle a également cherché à mieux comprendre la production de connaissances en sciences sociales et en sciences humaines elle-même.
 
La Dre Jala Makhzoumi, architecte paysagiste de renom et spécialiste en planification environnementale, a lancé les travaux de la conférence avec un discours clé qui s’est attardé sur l’analyse des concepts de « paysage » et d’ « écologie » afin de mieux comprendre les relations entre les ressources humaines, culturelles, économiques et naturelles.
 

La conférence a compris 38 séances, dont 12 panels pour les boursiers du CASS, 5 tables rondes et 3 séances pour la présentation de nouveaux ouvrages.

La séance de clôture a rendu hommage au grand historien Hanna Batatu.

Parmi les activités parallèles à la conférence nous citons le salon du livre, une exposition de bandes dessinées sur le thème de la migration et des demandes d’asile en collaboration avec la Mu'taz and Rada Sawwaf Arabic Comics Initiative à l’Université Américaine de Beyrouth, et des projections de courts-métrages en collaboration avec le Fonds arabe pour les arts et la culture (AFAC).

Thème de la conférence
 
Les dernières années ont été marquées par des flux et des changements considérables dans la région arabe, à la fois au sein de ses États constitutifs et en termes de dynamique interétatique et régionale. Certains États sont en train de se diviser et de nouvelles frontières et limites sont en train d’être établies, tandis que d'autres frontières deviennent de plus en plus perméables, notamment en raison des déplacements forcés et des mouvements de réfugiés. Les luttes pour l'influence régionale perturbent les arrangements territoriaux existants et génèrent des schémas complexes dans le contexte des interventions de pouvoir mondiales qui affectent et façonnent la vie des gens à tous les niveaux. De plus, l’impact humain sans précèdent sur la nature doit être étudié dans le contexte de la crise environnementale globale. Ceci nécessite une réorganisation des populations et des institutions, voir même des formations terrestres. La conférence examinera ces nouvelles écologies (politiques, économiques, urbaines, géographiques, sociales et culturelles) à la fois en termes de pratiques d'acteurs multiples sur le terrain et à travers les imaginaires qui les représentent, les légitiment et les contestent.
 
L'étude de ces questions nécessite une innovation conceptuelle, une recherche empirique, de longs délais historiques, des approches comparatives et une critique culturelle. La production de connaissances en sciences sociales elle-même doit être étudiée : Comment les questions de pouvoir, de frontières et d'écologie sont-elles comprises et discutées dans les sphères académiques et publiques ? Comment le travail des chercheurs arabes se compare-t-il, converge-t-il avec ou s'écarte-t-il du travail des chercheurs qui travaillent dans le Nord et dans d'autres parties du Sud ? Enfin, et surtout, quelles sont les imaginations d'avenir arabe, qu'elles soient dystopiques ou fantasmatiques, à travers l'écriture, les arts et d'autres formes de représentation ?
 
La quatrième conférence du CASS a été organisée autour de trois grands axes :
 
1) Pouvoir, acteurs et politiques
Cet axe se concentre sur diverses formes de pouvoir (politique, économique, religieux, social et culturel) qui façonnent et reproduisent les sociétés arabes. Quelles sont les caractéristiques des luttes de pouvoir régionales actuelles et comment s'entrecroisent-elles avec les dynamiques sociales, politiques et économiques internes des différents États ? Comment pouvons-nous interroger les imaginaires qui informent des processus aussi puissants et nous demander comment ils traduisent matériellement et symboliquement le pouvoir en pratiques et en changements sur le terrain ? Quelles sont les politiques d'échelle qui relient le corps, la communauté, l'État, le national, le régional et le transnational ?
 
2) Frontières, migrations et déplacements
L'histoire moderne de la région arabe est en même temps celle de l'établissement de nouvelles frontières et de migrations et déplacements, que ce soit par des guerres, des politiques économiques, les forces de travail du marché, ou de grands projets d'infrastructure. Bien que ce phénomène ne soit pas nouveau, les dernières décennies l'ont poussé à un niveau sans précédent en termes d'échelle, de violence et de longévité. Par ailleurs, la dégradation de l'environnement et les changements climatiques contribuent également à de nouveaux déplacements de populations et de modes de subsistance. Ainsi, ces processus conduisent à la construction de vastes systèmes de gouvernance et de surveillance pour contrôler les mouvements de personnes indésirables le long de frontières nationales, ethniques, confessionnelles et de classe dont les conséquences ne sont pas encore visibles.
 
3) Ecologies, sociétés et violence
Ce thème nous pousse à explorer des écologies politiques génératrices et dynamiques même dans des conditions de dévastation et de fragmentation permanentes. L'écologie politique rassemble analytiquement les différents volets de l'environnement et du politique. Ce thème questionne la séparation du « naturel », du « social » et du « politique », en mettant plutôt l'accent sur les interrelations entre ces domaines. La pauvreté, la marginalité, l'inégalité, la discrimination raciale et sexuelle sont autant d'instanciations de conditions structurelles violentes qui sont trop souvent interprétées comme des environnements « naturels ». Ici nous cherchons d'une part à déstabiliser la complaisance naturalisée de tels environnements, et d'autre part à explorer les possibilités et dimensions de la vie et de la socialité dans des environnements violents comme les zones de guerre, les paysages militarisés, les lieux occupés, les espaces d’exploitation et d’extraction capitalistes intensives, les lieux dégradés et les régimes politiques polluées à l'ère de la catastrophe climatique imminente.