Questionnement de l’inégalité sociale et des différences dans les sociétés arabes
Beyrouth, Liban | 13-15 mars 2015
Le Conseil arabe pour les Sciences Sociales a tenu sa deuxième conférence, intitulée ‘‘Questionnement de l’inégalité sociale et des différencesdans les sociétés arabes’’ du 13 au 15 mars 2015 à l'Hôtel Crowne Plaza à Beyrouth, Liban.
La conférence a compris des présentations de plus de 80 articles examinant des phénomènes contemporains ou historiques et des perspectives comparatives, inter-régionales et mondiales de toutes les sciences sociales et les disciplines connexes.
Le Dr Adam Hanieh était l'orateur principal lors de la conférence. Dr Hanieh est conférencier principal en études du développement à l'École des études orientales et africaines (SOAS) de l'Université de Londres (Royaume-Uni). Il est l'auteur de l'ouvrage angalais, ''Lineages of Revolt: Issues of Contemporary Capitalism in the Middle East'' (Haymarket Books, 2013), et de l'ouvrage angalis ''Capitalism and Class in the Gulf Arab States'' (Palgrave-Macmillan, 2011).
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Thème de la conférence
À travers le globe nous assistons à des niveaux croissants de grande pauvreté accompagnée de répression d’état, des conflits, de déplacement des populations, d’occupation militaire, qui mènent tous à accentuer encore plus les structures de l’inégalité mondiale, aussi bien que sur les plans nationaux et locaux. Par ailleurs, plusieurs moyens et formes qui reflètent la différence sociale et culturelle suscitent de nombreuses questions de discrimination et d’inégalité. En réaction à tout ceci, le monde a été témoin de formes intensifiées de manifestations, de mouvements, d’insurrections et de résistances. Dans la région arabe, l’inégalité entre les groupes sociaux et les classes a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies passées, accompagnée de disparités croissantes régionales et subrégionales à l’intérieur des pays. Ces derniers confrontent de nombreuses formes structurales de différence, parmi lesquelles la région, l’ethnie, la langue, la religion, les tribus, etc. Concrètement, la Tunisie, le pays à « l’économie miracle » selon le FMI et la Banque Mondiale a été le 1er pays à déclencher la vague du « Printemps Arabe », sachant que ce « miracle » était centré vers la capitale et les villes côtières du nord, et non pas vers l’intérieur de la Tunisie, ni vers le sud.
La littérature qui explore les nombreuses manifestations et les conséquences des inégalités sociales et de la différence sociale dans la région arabe demeure limitée, à comparer au volume des analyses du phénomène dans d’autres régions. En effet, peu ou pas d’efforts ont été entrepris afin de fournir une perspective comparative à documenter et d’expliquer l’émergence, l’intensification et les trajectoires de l’inégalité. Les perspectives historiques sont presque inexistantes, et peu de tentatives ont lieu pour positionner la région arabe dans un contexte global lors de la discussion de tels phénomènes et tendances. De plus, il faudrait aussi considérer les moyens par lesquels la variété de types d’inégalités ont joué un rôle et ont eu un impact sur les soulèvements arabes et leurs répercussions.
Il est important donc de noter que peu d’analyses ont été faites dans la région sur les discours dominants relatifs à l’inégalité sociale, la différence, la discrimination, la misère, l’exclusion et la pauvreté, que ce soit en recherche, perception publique ou politique d’intervention. À ce stade, la production du savoir en Sciences Sociales doit être considérée : comment est-ce que les questions sur l’inégalité et la différence sont-elles étudiées et enseignées dans les écoles et dans les cursus universitaires à travers le monde arabe ? Quels paradigmes théoriques sont déployés pour étudier l’inégalité sociale dans le monde arabe ? Où se situe le travail des chercheurs arabes à comparer à celui des chercheurs des pays du Nord et d’autres parts des pays du Sud ? Converge-t-il ou diverge-t-il ?
La conférence est organisée autour de quatre axes principaux de discussion :
1- Formes et dimensions multiples d’inégalités sociales
Ce thème étudie les formes multiples de l’inégalité qui ont historiquement existé à travers le monde arabe et comment elles ont changé avec le temps. De plus, il souligne les différents facteurs qui participent à accentuer les systèmes d’inégalités et à reproduire l’expérience de marginalisation et d’exclusion parmi les différentes catégories et groupes sociaux. Un accent particulier sera accordé à l’interaction et l’intersection entre les nombreuses formes d’inégalités et de différences, telles que la classe, le genre, l’ethnie, l’âge, la profession, la nationalité, la citoyenneté, le handicap, la division rurale/urbaine. Quel était le rôle de la discussion publique de ces processus et des changements idéologiques entre les élites et les acteurs politiques pour faire face, ignorer ou négocier ces inégalités et la différence dans la société ?
Des thèmes particuliers pourraient inclure :
2- Politiques d’inégalités
Ce thème met l’accent sur les processus, les mécanismes et l’économie politique de la production et de la reproduction de l’inégalité et des différences. Le rôle joué par les acteurs d’état, les classes capitalistes transnationales et locales, l’économie multinationale et les institutions de développement et autres acteurs clefs sera considéré sous ce thème. Une attention spéciale devra être accordée aux économies rentières perpétuelles arabes et des politiques néo-libérales, ainsi que des discours et pratiques de mouvements politiques islamistes sur l’inégalité, qu’ils soient au pouvoir ou pas. Par ailleurs, l’articulation entre les mécanismes d’accumulation par dépossession et marginalisation sociale et régionale doit être étudiée. À ce stade, les dynamiques rurales sont importantes afin de comprendre les conséquences de l’appauvrissement et de la dépossession de petits fermiers sur le plan local et les petites familles de fermiers et la souveraineté alimentaire globale (nationale), ainsi que comment « l’agriculture orientée vers l’exportation » accentue la marginalisation sociale locale et spatiale, et la sécurité alimentaire.
Des thèmes particuliers pourraient inclure:
3- Résistance(s) aux inégalités
Ce thème examinerait les forces qui combattent les inégalités sociales : les mouvements sociaux, les syndicats de travail, les partis politiques, les ONG, les organisations communautaires, les organisations des mouvements sociaux transnationaux, etc. Une perspective historique et des « non-mouvements » sont encouragés ; de même des pratiques de résistance quotidienne devraient être considérées, en plus des formes d’organisation émergentes, de discours alternatifs et de nouveaux imaginaires. Une attention spéciale devrait être accordée aux nouveaux acteurs politiques, y compris ceux des groupes défavorisés, tels que les travailleurs domestiques, les travailleurs dans la construction, les paysans, les esclaves, etc. La nature des demandes pour la dignité, la justice sociale, etc., sera étudiée en relation avec les inégalités sociale et la différence.
Des thèmes particuliers pourraient inclure :
4- Inégalités spatiales
Ce thème explore l’inégalité et la différence dans la région arabe à travers une perspective spatiale. Les contributions et les articles liés à ce thème pourraient étudier comment les inégalités sont inscrites sur le plan spatial et comment la différence se manifeste à travers les conceptions, les perceptions et les expériences d’espace et de lieu. Où se situent les géographies et les échelles d’inégalités dans la région arabe, et comment est-ce qu’elles sont produites et reproduites ? Quels procédés qui ont été décrits comme « la contraction des agglomérations » ont lieu dans la région arabe à travers la diminution et la privatisation de l’espace public, la mobilité et les services, y compris les services de base et le logement ? Comment ceci est-il lié à l’expansion de la mobilisation et de la sécurité, et le besoin de protéger l’élite au pouvoir des menaces d’un « autre » stigmatisé et/ou des objectifs néo-libéraux d’expansion d’accumulation de capital à travers la spéculation des biens immobiliers ? Un aspect d’étude particulièrement négligé est la compétition entre les firmes agroalimentaires et les petits fermiers sur les ressources agricoles telles que la terre et l’eau, et l’appauvrissement, la dépossession et la marginalisation ultérieurs des populations rurales et des paysans. La pauvreté, l’exclusion sociale et l’insécurité alimentaire (sur le plan local et familial) sont parmi les conséquences les plus visibles d’un tel processus.
Des thèmes particuliers comprendraient :
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